GEOMETRIE DU FEU

Exposition personnelle
Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines – CEAAC
Strasbourg – FR

La géométrie du feu décrit le désir insatiable de capter et retranscrire une forme en constante évolution. C’est l’irréductible part de sauvage qui résiste à la perpétuelle volonté de domestiquer. L’image d’un feu dans une cheminée ou dans un poêle m’évoque celle d’un animal en cage. C’est une forme de vie farouche qui partage notre habitat, mais c’est aussi le premier outil de confort et de domestication; il nous a permis de dompter la lumière et l’espace.

Il a donné le nom de foyer à nos maisons. Malgré ce chemin parcouru à nos côté, il a gardé sa beauté élémentaire et incorruptible. Il n’y aura jamais de géométrie précise du feu. C’est cet impérissable degré de sauvage que j’essaye d’exhumer de notre quotidien. Et pourquoi pas si possible, modifier les frontières d’une zone de confort trop dessinées.»

Axel Gouala

DERRIERE LES FAGOTS

Exposition personnelle
Espace Lezard
Colmar – FR

Parcours initiatique, chemin de traverse, proposition littéralement subversive : Derrière les fagots est tout cela à la fois. Axel Gouala ne propose rien d’autre qu’un renversement des normes, valeurs et repères, en nous faisant repenser l’espace dans lequel nous vivons, notre environnement le plus proche, la zone de confort absolu que constitue la maison moderne, espace mental confortant celui qui l’habite dans ses idées, réconfortant à l’image d’un cocon, mais aussi fermeture au monde. Comme la cité ou le temple autrefois, la maison devient centre du monde, elle est à l’image de l’univers. Pourtant la maison traditionnelle chinoise était carrée et s’ouvrait au soleil levant, le toit était percé d’un trou pour la fumée et le sol d’un trou pour recueillir l’eau de pluie, ce qui en faisait un lieu ouvert, de fusion, de communion entre les habitants, les matériaux constitutifs de l’habitation et les éléments eux-mêmes puisque l’air du ciel était visible de la maison, l’eau rentrait dans la maison, le feu en sortait et la terre était foulée par les occupants. En somme la construction de la maison reposait naturellement sur la géomancie, soit la divination par la terre, ce qui pourrait aussi caractériser la « construction » de Derrière les fagots qui rassemble les éléments, les fusionne, les fond.

Dans cette démarche Axel Gouala unit le brut et le travaillé, la matière première par essence (une forêt, avec ses arbres, ses feuilles, sa terre, sa faune microscopique et pourtant réelle) avec le raffiné, il en va ainsi de sculptures de plâtre avec des tiges de métal mimant de réelles feuilles d’arbre et placées dans leur environnement inspirant, la forêt. Avec ce simple geste, c’est pourtant la porte de l’atelier, soit la maison-lieu de création des feuilles de plâtre, qui s’ouvre sur la nature, brute et non domestiquée, comme la maison chinoise s’ouvre sur le ciel. Démarche d’apaisement, de condensation de l’éternel – la nature – avec l’éphémère – le plâtre si cassant – ces travaux replacent la création humaine dans un environnement qui la transcende, retrouvant en outre un lien perdu entre l’humain et la terre, entre la matière travaillée et le sol matrice de toute chose…

Aurélie Le Roux

Espace Lezard
Centre d’Art, Colmar

INNER THAN THE BONE

Exposition personnelle
Kotska Gallery – Meetfactory
Prague – CZ

Axel Gouala comprend l’ornementation comme fragment d’un corps plus grand : détails perdus dans le foisonnement d’une sculpture baroque ; feuilles d’acanthes rendues insignifiantes par la monumentalité d’une colonne corinthienne; vague unique au milieu d’une mer agitée, ou montagne dominant l’horizon vide. A. Gouala s’attarde sur l’ornement négligé, cherchant à l’émanciper de sa fonction décorative, passant des références du monde naturel à l’ornementation comme œuvre d’art. Il leur offre une tribune, un espace où ils peuvent s’exprimer de manière libre, leur accordant l’importance d’une sculpture en soi.

Ainsi, moins d’un siècle après que les premiers mots du texte d’Adolf Loos aient été formulés*, plutôt que la disparition et la négation de l’ornementation, Axel Gouala appelle à une forme de renaissance : « L’ornementation nous rappelle quelque chose de notre passé lointain, quelque chose qui nous connecte de manière profonde et primitive avec le sol, qui me fascine.»

extrait du texte inaugural de l’exposition Inner than the Bone

(traduit de l’anglais)

*Ornement and Crime, Adolf Loos.

Zuzana Jakalovà

Curatrice à la Meetfactory
Kotska Gallery
Prague, République Tchèque

P.V.C.

Prix Theophile Schuler – 2nd
Prix special de la SAAMS

Axel Gouala dans sa sculpture carrée nommée P.V.C. crée l’ambiguïté. Ce n’est évidemment pas la simple vague, terrain de jeu des Néréïdes, les petites filles de l’océan. Axel nous dévoile ce qu’il nomme une unité de construction. Cette vague est autant figuration de l’expansion de la matière « eau » en un mouvement qui peut devenir terrifiant, que représentation d’une gueule monstrueuse hurlant son animalité.

Une sorte d’atome chargé de valeurs positives et négatives intimement liées dans la structure de l’homme, dans la structure du monde. Une approche et un enrichissement de la connaissance, pour le dire comme pascal, du tout par les parties, et des parties grâce au tout. Lui-même décrit son oeuvre comme un pixel, le plus petit élément constitutif de l’image informatique, une notion qui nous est désormais familière.

C’est l’unité de base de l’élément liquide et matriciel qu’est la mer, mer qui par homonymie engendre la vie, la reproduction, la construction.

Une vague ; en fait, selon ses propres mots, une unité de paysage prélevée pour l’observation : une brique dans la forme « non finit » propre à Michel-Ange. Retirée de son milieu naturel, la vague s’inscrit dans une figure solide, le cube. Elle est posée sur une structure métallique légère, une sellette, mode de présentation, selon Axel, rappelant les tables de dissection dans les amphithéâtres universitaires. Nous avons là un échantillon d’analyse.

Emmanuel Honegger

Membre du comité de la Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg et de l’Académie Rhénane

AXEL GOUALA

Presentation

Sculpteur, pratiquant également le dessin et la gravure, Axel Gouala expérimente les modes selon lesquels de l’espace s’écarte, se creuse, s’excave, s’élargit, se ramifie, se densifie ou s’approfondit. Ces opérations obstinément réitérées se font le plus souvent à partir de prélèvements de la nature élémentaire : eau – vagues – et terre – montagnes. Avec des allusions aux torsades du feu – dans les torsions enchevêtrées des racines, les vrilles des crêtes de vague – et le vaporeux de l’air –  dans l’évanescence de l’écume, la légèreté des plumes.

Ce sont ces morceaux détachés, sommets soustraits à leur base, vagues isolées, qui mettent en évidence l’espace que ces morceaux espacent : dégagent, mettent en champ-libre, en ouverture inédites.

La vague n’est pas dans la mer ; la montagne n’est pas dans la chaine. De même, les ensembles « naturels » que notre regard spontanément unifie ne sont pas dans le vaste espace du monde. L’espace, autrement dit, n’est pas un contenant recevant indifféremment ce qui l’occupe, mais s’ouvre à partir de ce qui ordonne le proche et le lointain, la mesure d’une distance ou d’une grandeur.

Lorsque, par exemple, Axel Gouala, déjoue la logique hiérarchique de l’élévation en mettant à raz de terre le mouvement puissant de la croissance (Colonne) ; ou encore, lorsque, il juxtapose la croissance lente de l’os et la croissance si éphémère d’une vague dans un entrechoc spatial (Onda/Os), il montre à chaque fois l’espace en train de s’espacer.

Les coordonnées spatiales sont données, ces œuvres le font diversement voir, à partir d’un geste, qui est indistinctement plastique et mental. Ce geste montre, mais aussi effectue, qu’un paysage vient d’un corps, qui n’en maitrise pas la construction, mais dont l’engagement singulier décide de l’orientation.

Sandrine Israel-Jost

Enseignante en philosophie à la HEAR de Strasbourg
ex-enseignante au département de philosophie de l’université de Strasbourg